Pierre-marie    ciss

Né en 1966 au Sénégal, Pierre Marie Ciss, PMC (prononcé à l'américaine "pi ême si") de son nom d'artiste, faisant partie de la promotion 1992 de l'école nationale des Beaux Arts de Dakar au côté de son ami plasticien Jean Marie Bruce est un artiste au talent fou. Impressionnant ses promotionnaires par son niveau de production, tant qualitatif que quantitatif : "Pierre Marie il remplissait son carnet de croquis en une seule journée alors que nous il nous fallait bien une semaine voir un mois pour le faire!" (JM Bruce), il déstabilise ses professeurs par ses qualités de franc tireur anticonformiste. S'étant déjà approprié le concept de récupération à la fin des années 80, il peaufine sa technique et ses expériences au côté notamment du plasticien Béninois Romuald Hazoumé ou de l'artiste sénégalais aux milles talent Joe Ouakam, mais aussi grace à ses recherches sur les liens entre art et récupération (il découvre les oeuvres du mouvement italien "arte povera") . Produisant encore plus chez lui qu'à l'école, il est obligé à chaque évaluation d'investir une grande salle pour exposer ses oeuvres à l'heure ou il suffit d'un seul bout de mur pour ses camarades artistes. Il n'a d'ailleurs jamais cessé de produire à ce rythme effréné depuis cette époque. 
Infatigable plasticien qui expérimente énormément (il utilisa pendant ses classes aux beaux arts de la terre de son village et de la colle) pour proposer des travaux déstabilisant parfois même ses professeurs, PMC est un extraterrestre de l'art africain, et de l'art en général. Personnage aussi attachant que surdoué il fuit à la fin des années 90 (après plusieurs expositions internationales, en France notamment) les codes de la vie mondaine artistique,  passant à côté d'opportunités certaines par choix de vie, préférant peindre, assembler ou sculpter chaque jour dans son atelier, devant la magnifique plage de Popenguine. Pierre Marie est un artiste heureux devant ses couchers de soleil, vendant encore régulièrement à des connaisseurs, ce qui lui permet de continuer à produire insatiablement.
Céramiste à ses débuts et premier Sénégalais à faire du body painting (même si les origines sont ancestrales), doté d'une très grande culture de l'histoire de la peinture internationale, PMC se réfère à Picasso, Basquiat ou Jackson Pollock entre autres. Ayant rencontré et travaillé avec des grands artistes afro américains comme Leonardo Drew ou Frank Bowling entre autres, reconnu rapidement pour ses tableaux ( il fait sa première exposition internationale à Chambéry en 1996 ou toutes ses oeuvres, une centaine de pièces, s'arrachent rapidement) il sent peu après le besoin de se concentrer sur la récupération en même temps que celui de retourner vivre près de la nature dans son village natal. Son oeuvre ne s'en trouve alors que plus contrastée. Picasso disait: "En peinture on peut tout essayer, on a le droit, mais à condition de ne jamais recommencer." PMC semble s'être approprié cette citation, en avoir fait un leitmotiv. Sa volonté d'intégrer (par nécessité parfois, car les toiles ne sont pas faciles à trouver loin de Dakar) les objets de récupération, ne se tarira pas, la peinture y aura toukours sa place, les matières changeront, les styles se succéderont mais cette passion restera intacte (car l'histoire de ses oeuvres c'est aussi celle plus vaste des objets qui la composent).  Comme il dit en rigolant , sous son regard d'artiste, un simple bout de bois peu devenir un dinosaure! Et le regard de Pierre Marie est le regard ascéré d'un grand peintre et d'un grand plasticien du hasard, qu'il soit provoqué par la nature ou par lui même, par ses projections de peintures par exemple. Un artiste au regard plein de malice et au sourire communicatif, un peu oublié des grands circuits classiques (même si c'est volontaire de sa part et très cohérent avec son oeuvre) que l'on découvre ou redécouvre comme on trouverait un fabuleux trésor... Sur une plage du Sénégal.
S.F

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